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Questions fréquentes

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  1.   1.  Pouvez-vous me dire l'origine du mot "Thorigny"?
  2.   2.  Que sait-on sur les souterrains de Thorigny ?
  3.   3.  L'ancien emplacement du ch√Ęteau de Thorigny √©tait au cimeti√®re?
  4.   4.  Le tilleul devant l'√©glise de la Postolle a √©t√© plant√© par Sully?
  5.   5.  On pouvait aller de Courroy √† Paris en train?
  6.   6.  La route principale de Sens √† Nogent-sur-Seine passait √† l'origine par Fleurigny ?
  7.   7.  Une grande princesse a √©t√© enterr√©e √† la Pommeraie ?
  8.   8.  La famille du c√©l√®bre chimiste Th√©nard est originaire de Thorigny ?
  9.   9.  Autrefois, les maisons √©taient en brique ?
  10. 10.  Autrefois, nos villages √©taient √† la fronti√®re ?
  11. 11.  On entendait tonner le canon en 1914 √† Thorigny ?
  12. 12.  Il y avait un pilori √† Fleurigny et √† Thorigny ?
  13. 13.  Les religieuses ont quitt√© la Pommeraie √† cause de la r√©volution ?
  14. 14.  Les Templiers √©taient √† Launay ?
  15. 15.  Il y avait un p√©age √† Gisy ?
  16. 16.  Thorigny a d√©j√† √©t√© chef-lieu de canton ?
  17. 17.  Doit-on dire Thorigny ou Thorigny-sur-Oreuse ?
  18. 18.  Les SS ont stationn√© √† Thorigny en 1940 ?
  19. 19.  L'√©glise paroissiale de La Chapelle-sur-Oreuse √©tait sur la colline ?
  20. 20.  Un important hameau a disparu sur le territoire de Fleurigny ?
  21. 21.  Il y avait un relais de poste √† la Postolle ?
  22. 22.  Y a t'il eu une bataille dans la vall√©e de l'Oreuse ?
  23. 23.  Y a t'il eu un enl√®vement crapuleux dans la vall√©e de l'Oreuse ?
  24. 24.  Il y a deux √©glises paroissiales √† Gisy ?
  25. 25.  Pourquoi dit-on "Gisy-les-Nobles" ?
  26. 26.  Nos villages remontent aux Romains ?
  27. 27.  Quelles ont √©t√© les p√©riodes de prosp√©rit√© des campagnes ?

1.  Pouvez-vous me dire l'origine du mot "Thorigny"?

Pour autant que la toponymie fut une science, il est raisonnable de penser que Thorigny vient du nom de famille "Taurinus" qui a donn√© "Taurin" en fran√ßais. Tauriniacum, Thoriniacum, etc, signifie donc le lieu o√Ļ vit Taurin.

saint Taurin est le grand saint de la ville d'Evreux. Sa chasse a fait l'objet d'un timbre. Bien entendu, ces messieurs "Taurin" vivaient partout en Gaule, ce qui explique la densité de toponymes en Thorigny et Thorigné. Cette densité peut se révéler très grande, comme en Poitou. La racine serait identique à celle de Turin.Il faut comprendre le nom Taurin comme étant celui du gentilice: un nom de famille en somme.

Parmi les hypothèses qu'il convient pour le coup d'abandonner, signalons:

- le dieu germain Thor avec "ignis". Bien entendu, les Germains ne vivaient pas chez nous, mais de l'autre c√īt√© du Rhin. Cette id√©e a √©t√© reprise par l'abb√© Henri Bouvier en 1886, historien de Thorigny.
- la cadastration de l'empire romain aurait nécessité des bornes pour les géomètres, et le toponyme en conserverait le souvenir. La répartition des toponymes est trop irrégulière. L'étude a été opérée à l'échelle de tout le monde romain.

2.  Que sait-on sur les souterrains de Thorigny ?

Il faut distinguer plusieurs phénomènes différents :

- le conduit enterr√© d'un aqueduc : toutes les portions n'√©taient pas b√Ęties en a√©rien. Les villas rurales pouvaient disposer de petites sections privatives.

- le souterrain refuge : il s'agit d'une galerie d'une vingtaine de m√®tres de long, creus√©e dans la craie, souvent d√©fendue par un goulot d'√©tranglement, une section sem√©e de culs de sac ou un passage de type "bouche de four", situ√©e √† six ou neuf m√®tres sous terre √† un niveau o√Ļ il n'y a pas d'infiltration de l'eau. On y acc√®de le plus souvent par un puis. Il a pour vocation d'attendre, parfois pendant plusieurs jours, la fin des d√©vastations qui se produisent en surface par fait de guerre. Les mieux am√©nag√©s disposent de bancs de craie permettant de s'asseoir. Des niches peuvent accueillir des lampes. On peut soup√ßonner que ces souterrains pour particuliers, ont pu √™tre reli√©s les uns aux autres dans le cas d'habitat group√© dans une rue, donnant l'impression d'une grande longueur. En g√©n√©ral, ces souterrains ont √©t√© transform√©s √† peu de frais en fosses septiques dans les ann√©es 1950.

- les citernes enterr√©es : tout ch√Ęteau ayant l'ambition de r√©sister quelques jours, devait disposer de r√©servoirs d'eau enterr√©s. Elles sont souvent confondues avec les oubliettes. Elles truffaient le sous-sol de V√©zelay, ville ne disposant pas de source d'eau.

- la carrière souterraine : on creuse, parfois sous la cave d'une maison, pour extraire des parpaings de craie et s'en servir comme matériau de construction. La pose de lampadaires publics permet de redécouvrir ces cavités. Elles ont été reconverties comme décharges dans la seconde moitié du XXe siècle.

- les caves : dans un pays viticole depuis au moins le XIIe siècle, le stockage sous terre offre des garanties de régularité de température pour la conservation du vin. Certaines caves (Thorigny et la Postolle) disposent d'une cheminée : les professionnels du tissage recherchaient cette hygrométrie pour conserver la qualité du fil à travailler, mais avaient dans le même temps besoin de se chauffer.

- les crayères : il s'agit d'exploitation de craie servant à alimenter un four à chaux. Elles ont parfois été transformées en champignonières.

- les troglodytes : il s'agit d'un habitat souterrain, compos√© de quelques pi√®ces enterr√©es. Une ravine ou un talus offraient l'opportunit√© de creuser son logement. Un inventaire en a √©t√© dress√© par le docteur Courtois. Il a permis √† la frange la plus pauvre de la population de se loger, sans √† avoir √† payer d'imp√īts fonciers. Le ph√©nom√®ne n'est connu que de la fin du XIXe si√®cle au milieu du XXe. Compte tenu du faible enterrement, les plafonds sont fragiles et susceptibles d'√©croulement.

- les "souterrains" qui vont de l'église à Vermont, de Vermont à Villechat, de la cathédrale de Sens à l'autre rive de l'Yonne, de Plessis-Saint-Jean à la rive droite de la Seine, etc. Ils sont totalement fantasmagoriques. Bien entendu, on n'y circule pas en carosse. En principe, pour s'enfuir, il est plus facile de prendre ses jambes à son cou que de circuler dans une galerie souterraine non éclairée. Essayez une fois pour voir. Le pilier central de l'église de Thorigny n'est donc pas creux et n'abrite pas un escalier menant au "souterrain".

- les oubliettes : il se serait agi de constructions destin√©es √† perdre un visiteur. Compte tenu du co√Ľt faramineux de la construction, elles sont inexistantes dans les ch√Ęteaux, n'en d√©plaise aux guides charg√©s d'√©pater des visiteurs. Le seul cas connu pour toute la France serait au ch√Ęteau de Pierrefonds.

- les glaci√®res : les ch√Ęteaux ont dispos√©, parmi leurs commodit√©s du XVIIIe si√®cle, de glaci√®res. Ces galeries de quelques dizaines de m√®tres, termin√©es par une salle ou un petit puits, permettaient d'entreposer la neige en hiver. Une exposition ombrag√©e vers le nord, permettait ensuite de disposer de glace en √©t√©. Il en a exist√© √† Vauluisant et √† Thorigny.

3.  L'ancien emplacement du ch√Ęteau de Thorigny √©tait au cimeti√®re?

Non. Le plus ancien emplacement de ch√Ęteau √† Thorigny, vers 1445, √©tait proche du cours de l'Oreuse, entre le chemin de Fleurigny et les vignes. A son couchant, il dominait un √©tang ferm√© par un moulin √† eau. A son levant, on y acc√©dait par une ferme organis√©e en basse-cour, elle m√™me prot√©g√©e de toute part par des foss√©s.
A la fin du XVIIe siècle, la basse-cour a été rasée et déplacée, l'étang comblé et le moulin à eau détruit. Cette phase correspond à la création d'un parc.
Sous la R√©gence, un nouveau ch√Ęteau est contruit. Il est en voie de finition en 1726, et dispose alors d'une aile basse. Il sera dot√© d'une seconde aile et ces ailes auront un √©tage. Il est d√©truit en 1806.
Sous Louis-Philippe d'Orl√©ans, une grande maison est contruite semble t'il sur un √©l√©ment de la basse-cour du XVIIIe. C'est ce qui est d√©nomm√© aujourd'hui "le ch√Ęteau".

4.  Le tilleul devant l'√©glise de la Postolle a √©t√© plant√© par Sully?

Non. Cette légende infondée courre sous des plumes qui se piquent d'histoire. Elle prétend que le ministre Sully a demandé qu'un arbre soit planté à la porte de chaque église de France en souvenir de son ami le Roi.
Henri IV a été assassiné le 14 mai 1610. Très vite, son ministre Maximilien de Béthune, duc de Sully, s'est retiré du pouvoir, en désaccord avec la régente Marie de Médicis. Ses attributions financières étaient hors du sujet avec une question arboricole. Aucun édit royal n'a jamais été retrouvé sur cet objet. Une telle législation aurait contrevenu avec la liberté de l'époque faisant qu'une telle imposition par un pouvoir central était inimaginable en France.
Par contre, il est d'usage constant, depuis le Moyen-Age, de se r√©unir dans les √©glises paroissiales et les couvents (ex. celui des Jacobins de Sens), ou par beau temps √† l'ombre des arbres dans des jardins (ex. du palais royal de Paris), des parcs (ex. celui du bois de Vincennes), et devant des b√Ętiments (ex. devant le palais comtal d'Auxerre). Un acte notari√© √©tablit cet usage √† La Postolle. Le tilleul est donc de toutes √©poques. L'orme a √©t√© une esp√®ce fr√©quemment utilis√©e.

5.  On pouvait aller de Courroy √† Paris en train?

Oui et non.
Oui : on pouvait aller de Nogent et Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes en train jusqu'√† Sens. Ce train circulait sur voie √©troite. Il circulait si lentement que les gar√ßons attrapaient le train en vol en courant √† ses c√īt√©s. Le parcours √©tait √©maill√© de gares dont la plupart subsiste.
Non : arrivée en gare de Sens après avoir traversé l'Yonne (par un pont détruit en 1940). En réalité, à Sens, la gare terminus de la ligne de Nogent se trouvait à peu prêt à l'actuel carrefour de la rue Victor Guichard et du Boulevard de Verdun (qui n'existait pas alors). La jonction envisagée avec la gare du PLM ne fut jamais réalisée.
La ligne, ouverte une première fois dans les mois qui ont précédé l'entrée en guerre de 1914, a été fermée durant le conflit. Les rails ont été démontés pour servir le front. La ligne a été rouverte une seconde fois, durant quelques mois, peu avant la deuxième guerre mondiale. Elle a été rapidement fermée en raison du déficit et de la souplesse offerte par le transport par car.

6.  La route principale de Sens √† Nogent-sur-Seine passait √† l'origine par Fleurigny ?

Oui. Le parcours principal passait par Fleurigny o√Ļ il croisait un autre grand chemin allant de Pont-sur-Yonne √† Villeneuve-l'Archev√™que. Une h√ītellerie existait de ce fait depuis le XVe si√®cle au carrefour. Certes, un grand chemin se rendait √† Thorigny au XVIe si√®cle, au trac√© r√©am√©nag√© d√®s cette √©poque, mais le flux principal passait par Fleurigny. La carte de Cassini utilis√©e entre le r√®gne de Louis XV et celui de Charles X montre ce trac√©. C'est pour cette raison routi√®re qu'un ch√Ęteau a √©t√© √©tabli √† Fleurigny vers 1240.

7.  Une grande princesse a √©t√© enterr√©e √† la Pommeraie ?

Oui. Mathilde de Carinthie, a √©pous√© Thibault de Blois comte de Blois, Chartres, Troyes, Bar-sur-Aube, Sancerre, Ch√Ęteaudun, Champagne & Brie, etc. Originaire des Alpes, la famille de Carinthie contr√īlait des cols reliant Venise aux peuples Boh√™mes, Polonais et Hongrois. Pour sa part, Thibault permettait aux marchands de la M√©diterran√©e de retrouver ceux de la Mer du Nord. Pour sa part, Ide de Carinthie a √©pous√© le comte de Nevers-Auxerre-Tonnerre.
Mathilde a soutenu le Paraclet. Une fois veuve, elle a souhaité être enterrée à la Pommeraie, jeune pousse des moniales du Paraclet en vallée d'Oreuse.
Elle est la grand-mère maternelle du roi de France Philippe-Auguste.

8.  La famille du c√©l√®bre chimiste Th√©nard est originaire de Thorigny ?

Oui. Le plus lointain anc√™tre agnatique de la famille est un laboureur de Thorigny pr√©nomm√© Etienne. Son fils Claude est devenu notaire √† Granges-le-Bocage, ce qui le ramenait dans une paroisse o√Ļ les Th√©nard sont connus depuis la fin du XVe si√®cle. Son petit-fils Julien est pr√©v√īt de Granges sous Louis XIV.
A partir de Louis XV, cette famille appartient au petit groupe des laboureurs capables de prendre en location les grandes fermes de la contrée, circulant de bail en bail entre les villages. C'est ainsi que le futur chimiste est né à la Louptière, tandis qu'un de ses frères s'est fixé à Fleurigny.
Le chimiste a √©t√© fait baron par Louis-Philippe d'Orl√©ans. Sa descendance s'est poursuivie en C√īte-d'Or.

9.  Autrefois, les maisons √©taient en brique ?

Non. La situation avant 1830 est que les maisons sont massivement édifiées selon la technique du colombage. Les poutres sont assemblées à l'aide de chevilles de bois. Leur démontage facile permet de revendre les poutres des maisons sur fourches et de planter la maison plus loin.
L'espace vide est rempli d'un m√©lange de terre grasse plaqu√©e contre de petits √©l√©ments de bois. En g√©n√©ral, les maisons n'ont qu'un rez-de-chauss√©e. A Thorigny, o√Ļ r√®gne la pression urbaine, certaines maisons sont dot√©es d'un √©tage. L'usage de blocs de gr√®s √©quarris est r√©serv√© aux angles de murs, aux facades cossues, aux √©glises et aux ch√Ęteaux. La pente de toit peut descendre jusque pr√®s du sol, formant la basse goutte.
Le grenier permet de stocker le grain de la maison qui sert d'isolant efficace durant tout l'hiver. Rentré humide, ce grain fermente et des gaz inflammables s'en dégagent. Quand ils entrent en contact avec une cheminée mal boissellée, l'incendie éclate. Il faut dès lors rendre justice aux toitures en chaume qui ne sont en rien un vecteur d'incendie. Elles sont, tout autant que les toitures en tuiles, victimes des incendies. La proportion de maisons couvertes en tuiles et en chaume varie selon chaque village, suivant les ordonnances de la jsutice locale. A Thorigny, 95% des maisons sont couvertes en tuiles en 1700. La cheminée est rarement présente dans les chambres.
La cave est pr√©sente d√®s que la maison n'est pas trop proche du r√Ľ. Elle peut donner acc√®s √† une carri√®re de craie souterraine ou √† un souterrain refuge.
Le puis privatif n'est pas généralisé à toutes les maisons, et le plus souvent on tire l'eau d'un puis collectif.
La grange est la dépendance la plus générale. La bergerie et la halle signalent les riches propriétés. La présence du colombier de toit est exceptionnelle. Le colombier de pied est un privilège seigneurial.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l'Administration contraint les paroisses à loger convenablement leurs curés, voués à de véritables taudis insalubres. Les nouveaux presbytères se dotent de briques autour des fenêtres plus grandes, faisant entrer la lumière en abondance : les croisées. La brique devient le signe de la modernité et du confort.
Sous la Restauration, l'enrichissement de la paysannerie lance une vague sans précédent de reconstruction de maisons dans toute la vallée, qui s'achèvera sous Napoléon III. La mode du tout en briques dessine un habitat totalement nouveau, qui est devenu depuis le signe architectural du Sénonais, avant le surgissement du pavillon stéréotypé français.

10.  Autrefois, nos villages √©taient √† la fronti√®re ?

Oui. Cette frontière s'est mise en place au début du XIe siècle.
Le puissant comte de Blois Eudes, héritier du Provinois par sa mère, avait commencé par mettre la main sur Montereau, en plein accord avec le Roi, amant de sa mère.
De 1032 à 1034, il s'empare de la ville de Sens à l'occasion d'une guerre avec le Roi.
Son descendant, Thibault-le-Grand, h√©rite en deux fois du vaste territoire qui forme la Champagne actuelle. De 1111 √† 1125, il embo√ģte le pas √† son oncle maternel le roi d'Angleterre et m√®ne la guerre contre le Roi de France. Apr√®s la mort de son oncle, il tol√®re un cessez-le-feu presque permanent qu'il ne transforme pas en paix jusqu'√† sa propre mort en 1152.
De 1152 √† 1284, les comtes de Champagne vivent en bonne intelligence avec les Fran√ßais, permettant des r√©alisations communes, comme par exemple la cr√©ation de villes neuves (Villeneuve-le-Roi sur l'Yonne, Villeneuve-l'Archev√™que sur la Vanne), de routes (Pont-sur-Yonne vers Troyes, Gien vers Troyes), de ponts (Pont-sur-Yonne et Villeneuve-le-Roi), de ch√Ęteaux et de march√©s (Brienon).
En 1284, Jeanne, h√©riti√®re de la Champagne, √©pouse l'h√©ritier de la Couronne de France, qui devient Philippe-le-Bel. Elle d√©c√®de en 1304 et transmet la Champagne √† son fils a√ģn√© le prince Louis. En 1314, celui-ci monte sur le tr√īne de France (Louis-le-Hutin).
Quatre décennies plus tard, le règlement de la succession de Louis X s'achève et la Champagne est unie à la Couronne de France juridiquement.
Une fronti√®re f√©odale, administrative et politique a donc travers√© nos paysages : la Champagne d'un c√īt√©, le domaine royal de l'autre. Pour autant, le bailli royal de Sens s'autorisait des incursions en Champagne.
Voisines, Thorigny (et donc la Postolle), Fleurigny, Saint-Martin-sur-Oreuse, La Chapelle-sur-Oreuse, Gisy relevaient du domaine royal.
Foissy (et donc Les Clérimois), Lailly, Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes, Villers-Bonneux, Pailly, Plessis-Saint-Jean et Michery relevaient de la Champagne.
Pour autant, les chevaliers champenois de la famille Gastebled détenaient une grande partie de ce qui constitue aujourd'hui l'habitat de Thorigny, et une branche de la famille de sires champenois de Trainel a hérité de Voisines.
Ces limites ne suivent donc plus la ligne s√©parant les dioc√®ses de Sens et de Troyes, qui en principe √©tait celle des anciens comt√©s. Il faut tenir pour acquis que d√®s avant 1111 les Champenois se sont adjug√©s les rebords orientaux de l'ancien comt√© de Sens avec notamment Ervy-le-Ch√Ętel, Saint-Florentin, Champost, Rigny-le-Ferron, Mauny (Bagneaux), Foissy, Courgenay, Trainel, Plessis-Saint-Jean, Ternantes (Michery).

11.  On entendait tonner le canon en 1914 √† Thorigny ?

Oui. L'armée française, contournée en Belgique, a reflué à travers la Picardie et la Champagne. Les uhlands sont venus en reconnaissance jusqu'à Provins.
Une contre-offensive fran√ßaise est partie des marais de Saint-Gond, (Montceaux-l√®s-Provins vers S√©zanne), et a repouss√© l'arm√©e allemande jusqu'√† la rivi√®re de la Marne. Ce sont ses canons qui ont √©t√© entendus √† Thorigny. Les Allemands n'ont pas √©t√© f√Ęch√©s de r√©duire leur dispositif, car au m√™me moment, ils subissaient les assauts victorieux de l'arm√©e imp√©riale russe. L'√©tat-major fran√ßais a failli se fixer √† Sens.

12.  Il y avait un pilori √† Fleurigny et √† Thorigny ?

Oui. Ces deux piloris ne sont cités qu'en une seule occasion chacun. Le pilori de Fleurigny était en bordure de la route près de l'église. Celui de Thorigny était sur la petite place publique de l'actuelle étude notariale. Le pilori servait à présenter au public certains condamnés. Cette fonction est assurée de nos jours par la photographie.
Il ne faut pas confondre le pilori avec les fourches patibulaires. Ces m√Ęts de bois, en nombre variable, signalaient en un point visible du finage d'une seigneurie, le degr√© atteint par la justice seigneuriale : haute (allant jusqu'√† la condamnation √† mort), moyenne ou basse (petites contraventions). On pouvait accrocher √† ce m√Ęt le cadavre d'un condamn√© √† mort. Le pouvoir royal a rapidement repris en sa main le droit d'entretenir ou non ces monuments.
De nombreux toponymes conservent la mémoire de ces édifices fragiles, sous le nom de la Justice.

13.  Les religieuses ont quitt√© la Pommeraie √† cause de la r√©volution ?

Non. Les moniales installées à la Pommeraie depuis le XIIe siècle ont quitté leur monastère à la suite de la Fronde vers 1660. Elles sont alors venues s'installer entre le faubourg Saint-Antoine de Sens et le village de Saint-Clément.
Certains b√Ętiments subsistant sont aujourd'hui inclus dans la maison de retraite de la Providence, propri√©t√© des Soeurs de Nevers. On notera que la Pommeraie est devenue, elle aussi, une maison de retraite.

14.  Les Templiers √©taient √† Launay ?

Non. La mention apposée sur le panneau de voirie municipale est la preuve de la méconnaissance totale de l'histoire locale de notre terroir par l'ensemble des décisionnaires et leur entourage. Il n'y a jamais eu de Templiers à Launay.
Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (devenus ensuite chevaliers de Rhodes puis de Malte) ont eu une Maison à Launay, érigée au rang de commanderie à la fin de la Guerre de Cent Ans. Les Grands Prieurs de France de cet Ordre (c'est-à-dire du Bassin Parisien) y ont fixé leur résidence, de préférence au Temple de Paris trop malcommode (on en fera une prison en 1792).
La plus proche commanderie templière était à Coulours.
Par contre, après la disparition des Templiers, leurs possessions de Courroy et de Plessis-Saint-Jean (en Champagne), ont été rattachées à Launay.

15.  Il y avait un p√©age √† Gisy ?

Oui. Il est signalé au XIIIe et au début du XVIe siècle. Il s'agissait d'un péage par terre. Il était géré par un fermier. On supposera qu'il a été érigé sur la route conduisant de Pont-sur-Yonne à Villeneuve-l'Archevêque et de là, aux foires de Troyes.

16.  Thorigny a d√©j√† √©t√© chef-lieu de canton ?

Oui. La révolution, dans son désir d'encellulement pyramidal de la société française, avait créé des communes, des cantons, des districts et des départements. A cette occasion, un canton fut érigé avec Thorigny comme chef-lieu.
Sous Bonaparte, ce chef-lieu a été supprimé. De même, les nombreux districts ont cédé la place à des arrondissements.
A deux reprises, Thorigny a demandé le rétablissement de sa dignité de chef-lieu. L'avis des populations concernées était unanime pour demander le rétablissement du canton. Sergines, extrêment menacé, a donc été servi par le conservatisme des institutions, car la perte d'une fraction de sa circonscription condamnait ipso-facto son propre canton à la disparition.
En 2014, sur décision préfectorale, Thorigny redevient chef-lieu de canton en qualité de commune la plus peuplée d'une circonscription redessinée. Pour autant, Thorigny n'aura pas les attributs initiaux de cette institution : justice de paix, brigade de gendarmerie, perception.

17.  Doit-on dire Thorigny ou Thorigny-sur-Oreuse ?

Thorigny n'a jamais été appelé que Thorigny depuis le Xe siècle.
Lors de la diffusion du timbre poste (1849) en France et de l'ouverture des bureaux distributeurs, l'administration des Postes a demand√© d'adjoindre sur-Oreuse pour √©viter des confusions avec d'autres Thorigny existant en France et le hameau pr√®s d'Auxerre. En toute logique, la fermeture du bureau de poste devrait entra√ģner le r√©tablissement de la situation ant√©rieure.
Par contre La Chapelle et Saint-Martin ont toujours été sur-Oreuse, tandis que Fleurigny ne l'a jamais été.

18.  Les SS ont stationn√© √† Thorigny en 1940 ?

Oui. Un détachement d'une trentaine d'hommes de la SS accompagnait un mouvement principal de la VIe Armée de la Wehrmacht. En poursuivant sa marche vers la Loire, ce détachement s'est arrêté plusieurs jours à Thorigny. Il s'est installé dans une grande maison abandonnée par sa propriétaire, sise au 1 rue de Granges-le-Bocage. Quand la propriétaire revint de Saint-Flovier (Indre-et-Loire) après l'armistice, elle entra dans son jardin et y vit de jeunes garçons nus courrir dans son jardin et s'aspergeant d'eau. Elle alla dormir dans son autre maison de la rue de la Croix, en attendant qu'ils libèrent les lieux. Outre des dictionnaires affectés à un usage fessier et les ossements de trois cadavres d'un ancien cimetière disparus, du mobilier fut dispersé dans le bourg. Beaucoup revint, mais des tapis ont continué d'orner des intérieurs des décennies plus tard sans revenir à destination.

19.  L'√©glise paroissiale de La Chapelle-sur-Oreuse √©tait sur la colline ?

Oui. L'actuelle chapelle Saint-Germain était l'église paroissiale de La Chapelle-sur-Oreuse. Un cimetière et une source l'environnaient. Chaque année, une cérémonie, à laquelle se rendaient des moines de Sainte-Colombe, rappelait le statut du lieu. La voie romaine de Sens et Meaux passait aux abords.
Par contre, l'habitat principal s'est fixé dans la vallée. Un vaste chapelle dédiée à saint Laurent évitait de monter sur la colline pour les sacrements et les offices ordinaires.

20.  Un important hameau a disparu sur le territoire de Fleurigny ?

Oui. Le hameau de Vauvagis, plus important alors que celui de Vallière, a disparu pendant la Fronde. Les familles qui y vivaient sont parties dans les hameaux voisins.

21.  Il y avait un relais de poste √† la Postolle ?

Non. Le système de la route de poste n'a jamais existé dans la vallée. Le plus ancien suivait la vallée de l'Yonne (relais du Fossard, de Villeneuve-la-Guyard, de Pont-sur-Yonne, de Sens, de Villeneuve-le-Roi, de Villevallier). Un second plus récent s'est mis en place entre Sens et Troyes pratiquement sous le règne de Louis XVI.
La route de poste suppose la pr√©sence de relais dirig√©s par des ma√ģtres de poste, o√Ļ le service public (les courriers, les chevaucheurs de la petite √©curie du Roi) trouve √† emprunter des montures fra√ģches pour poursuivre sur le champ leur trajet. A la fin du XVII e si√®cle, les particuliers ont pu acc√©der moyennant finance √† ces montures, qui √©taient ramen√©es √† leur relais d'origine par les postillons √† petite vitesse. Bien entendu, la vall√©e de l'Oreuse n'a pas eu une importance √©conomique justifiant une telle organisation.

22.  Y a t'il eu une bataille dans la vall√©e de l'Oreuse ?

Oui. Elle a opposé le comte Girard (dit de Roussillon dans les chansons de geste), fidèle de l'empereur Lothaire, à Charles-le-Chauve, demi-frère de celui-ci. Elle s'est déroulée à Sixte (Michery) au milieu du IXe siècle. Ayant perdu ses domaines du Bassin Parisien, Girard de Roussillon est parti s'établir dans la vallée du Rhöne. Son fils unique sera assassiné par un serviteur passé au service du roi Charles. Pour empêcher son adversaire de s'adjuger ses héritages, Girard va fonder avec ses terres deux monastères : Molome (pour des hommes) et Vézelay (pour des femmes, sur le plateau aride du Mont du Scorpion), et les placer sous la protection du pape. L'échec de la fondation féminine poussera à confier Vézelay à des hommes, ce qui assurera le succès admirable que nous connaissons.
Il a existé un lieudit Bataille à Vallières, mais il pourrait dans ce cas s'agir d'un patronyme connu en ce lieu au XVIIe siècle.

23.  Y a t'il eu un enl√®vement crapuleux dans la vall√©e de l'Oreuse ?

Oui. L'archevêque de Sens a été enlevé à La Pommeraie au cours de la guerre de Cent Ans.

24.  Il y a deux √©glises paroissiales √† Gisy ?

Oui. La plus ancienne s'est retrouvée isolée hors des fortifications de Gisy au cours du XVIe siècle. A la fin du XVIIe siècle, cette situation fut jugée anormale, et les habitants ont entrepris la construction d'une nouvelle église, dans leur enceinte villageoise. Le cimetière de la vieille église a continué a servir aux inhumations.

25.  Pourquoi dit-on "Gisy-les-Nobles" ?

Nous ne le savons pas.
L'usage a été épisodique depuis le XVIe siècle. Pour autant, du XIIe au XVe siècles, Gisy ne semble pas avoir hébergé des chevaliers et des écuyers en nombre ou de qualité particulièrement remarquables.

26.  Nos villages remontent aux Romains ?

Non. Primitivement, √† l'√©poque gauloise, tout notre territoire est occup√© par un habitat dispers√©, fait de fermes isol√©es en nombre tr√®s √©lev√©. Durant le dernier si√®cle de l'ind√©pendance gauloise, on voit appara√ģtre des oppidum. Il s'agit toujours de plateaux fortement d√©fendus par trois pentes abruptes, et par un profond foss√© artificiel creus√© dans la partie rattachant ce plateau avec le reste du relief dominant. Un d√©but d'urbanisation s'y produit, l'oppidum √©tant un centre commercial et politique. Nous n'en connaissons pas dans la vall√©e de l'Oreuse.
A l'√©poque romaine, les oppidum, trop d√©fensifs, sont vid√©s de leur population au profit d'un petit nombre de cit√©s b√Ęties sur des terrains plats (ex. Sens), et sur des parcours routiers importants. De ce fait, l'habitat rural reste compos√© de fermes isol√©es ou au mieux de petits hameaux. Apparaissent cependant, compte-tenu de la raret√© des cit√©s, des "vicus". Ces tr√®s petites agglom√©rations ont une vocation commerciale et artisanale dominante. Parfois, elles disposent d'un "fanum" (petit temple) ou d'une aire de jeux (ex. amphith√©√Ętre). La quantit√© des "vicus" est de l'ordre de un pour plus de vingt paroisses. Vinneuf et Saint-Pierre-le-Vif en tirent leur nom. Le petit habitat rural a poursuivi un mouvement de concentration amorc√© sous les Gaulois, et de tr√®s grandes villas ont pris place au milieu des petites fermes. Les plus grandes villas √©taient sans doute au centre de domaines de plus de 10.000 hectares. On comprend d√®s lors la splendeur de leurs √©quipements.
Du Bas Empire jusqu'√† l'aube du XIe si√®cle, la situation a perdur√©. L'habitat reste dispers√© dans les campagnes. Des grands domaines se trouvent ici et l√†. Le nom de leurs propri√©taires a pu donner leur nom aux futurs villages (ex. Florus, Taurinus). Les "vicus" disparaissent. Les cit√©s voient leur population pratiquement divis√©e par dix. Sous la pression des rois m√©rovingiens (ex. Dagobert), la christianisation des campagnes est impos√©e. Les grands propri√©taires √©rigent des chapelles dont ils entretiennent le pr√™tre desservant. Or, et ceci est capital, ces chapelles n'ont pas le rang de cure. Si les habitants peuvent y entendre la messe c√©l√©br√©e par un chapelain, ils ne peuvent pas y recevoir les sacrements. C'est le cur√© d'une des rares paroisses rurales (sans doute Trainel pour l'Oreuse) qui assure ce service, et notamment la lucrative c√©r√©monie des fun√©railles (canoniquement seule taxable). De m√™me, les revenus qui assurent l'entretien de ces chapelles sont fournis par de puissants la√Įcs.
Au d√©but du XIe si√®cle, plusieurs mouvements conjuguent leurs effets. Un redressement √©conomique g√©n√©ral se produit. Les villes voient leur population progresser vivement. Elles se dotent d'√©quipements industriels procur√©s par l'eau, et n√©cessitent un nouveau r√©seau de grands chemins qui maillent le territoire. La grande exploitation rurale latifundiaire recule consid√©rablement. La population des campagnes, en vif accroissement, d√©cide de s'agglutiner aupr√®s d'un point du finage, faisant reculer consid√©rablement l'habitat isol√©. Ces agglom√©rations sont nos villages actuels. Ils groupent de 50 √† 100 maisons, dont les chefs d'h√ītels sont essentiellement des paysans, et probablement 10 √† 20% des artisans au service du monde agricole (charrons, menuisiers, charpentiers, couvreurs, mar√©chaux, taillandiers).
L'agglutinement se fait le plus souvent aupr√®s de la chapelle qui assure depuis le VIIe si√®cle la christianisation. D√®s lors, il devient injustifiable de s'adresser √† un cur√© √©loign√©, alors qu'un chapelain est pr√©sent sur place. Bien entendu, dans la mesure o√Ļ le grand propri√©taire d√©tenteur de la chapelle s'est transform√© en propri√©taire d'une motte castrale, ou d'un plessis, l'agglutination de la population au sein d'un village se fait non seulement aupr√®s de la chapelle devenue √©glise mais aussi de la motte qui deviendra ch√Ęteau. L'Eglise va s'adapter rapidement √† la nouvelle situation. Elle finit de morceler ses anciennes et vastes paroisses, et fait √©merger des paroisses de plain exercice √† partir des chapelles. Le mouvement est achev√© √† la fin du XIIe si√®cle. Mais les revenus dont avaient √©t√© dot√©s les chapelles par leurs propri√©taires fondateurs lui √©chappent. La r√©forme de l'Eglise n'aura de cesse d'en obtenir le transfert entre des mains de clercs.
A partir de Philippe Auguste, il y a un certain parall√©lisme entre √©glises, ch√Ęteaux et villages. Les nouvelles cr√©ations de paroisses (ex. Courroy) seront efficacement bloqu√©es.
Des hameaux subsistent, mais leur nombre diminue encore du fait des guerres dites de religion et surtout de la Fronde (Vauvagis, Les Roches, Puy-Blanc).

27.  Quelles ont √©t√© les p√©riodes de prosp√©rit√© des campagnes ?

Nous sommes certains que le règne de Louis XII (1498-1515) marque le plus grand optimum des campagnes. Le redressement économique et démographique s'achève.
A partir du d√©but du XVIe si√®cle, les villages se dotent de marchands. Les besoins commerciaux des campagnes avaient √©t√© jusque l√† satisfaits par les bourgeois-commer√ßants op√©rant depuis la ville, et venant au contact de la client√®le villageoise sous les nombreuses halles qui pars√®ment les campagnes. Or, √† l'issue de la guerre de Cent Ans, les halles ne sont pas reconstruites par les seigneurs et la bourgeoisie urbaine ne sait plus assumer son r√īle. Les campagnes s'organisent pour y suppl√©er.
Il est bien établi que le règne de François Ier se caractérise par la stagnation. La lourde défaite de Pavie (1525) entame le retour de l'insécurité dans les campagnes. Il faut alors fortifier massivement les villages pour résister aux pillards. A partir de 1562, les guerres civiles dites de Religion, provoquent pendant 33 années la ruine massive des bourgs et villages. Beaucoup de villages perdent définitivement des catégories d'artisans (ex. potiers d'étain à Granges) et commerçants (ex. apothicaires à Thorigny). Le bourg de Thorigny perd le tiers de sa population, et tous ses faubourgs sont détruits.
Une lente remontée se produit jusqu'en 1660, sans toutefois permettre le retour au statu quo ante. Des artisans indispensables à la paysannerie réapparaissent dans les villages.
La poursuite des guerres durant la seconde moiti√© du r√®gne de Louis XIV conduit √† une tr√®s profonde d√©pression √† la fin du r√®gne, aggrav√©e par la voracit√© fiscale (ex. obligation du papier timbr√©, cr√©ation du contr√īle des notaires) se termine par une violente saign√©e d√©mographique (vers 1705-1709). A titre d'exemple, la couverture notariale est divis√©e par cinq √† la suite de ces √©v√®nements.
Le léger mieux constaté rencontre à nouveau de violentes crises au milieu du règne de Louis XV. Rappelons que la France est alors devenue la première puissance mondiale et a vaincu les Anglais.
Une remontée régulière se poursuit jusqu'en 1789. Les campagnes retrouvent leur niveau de population du règne de Louis XII, et la variété de commerces et d'artisans signalent un net embourgeoisement des populations. C'est le deuxième optimum connu par les campagnes.
La guerre déclarée au monde durant 25 ans par la France produit des effets démographiques (nous aurons des millions de jeunes hommes tués à la guerre) qui impacteront définitivement notre rang mondial. Après avoir pressuré l'Europe, nous sommes atteints par les combats et les troupes d'occupation. Le gouvernement de Louis XVIII parvient à payer le départ des armées d'occupation moyennant des indemnités de guerre qui ruinent l'épargne des Français. Les campagnes se rétablissent lentement. L'enrichissement paysan sous Charles X se traduira ensuite par la reconstruction de tout l'habitat selon de nouvelles règles (usage massif de la brique). Sous Napoléon III, les campagnes connaissent leur troisième et dernier optimum.
La guerre de 1914 tue en cinq années un cinquième de la population masculine. L'artisanat rural expérimenté est ruiné définitivement. Il est remplacé par des manoeuvres. Les propriétaires sont contraints de faire tenir leurs exploitations par des fermiers étrangers qualifiés (Russes, Belges, Hollandais, Polonais). L'urbanisation de Sens (qui ne démarre guère que passée la Grande Guerre) vide la campagne de sa population féminine. Le déclin est aggravé par un phénomène nouveau, jamais rencontré dans l'histoire : le recul démographique lié à la pratique de l'enfant unique, ou le célibat définitif.
Les paroisses rurales se sont éteintes à grande vitesse depuis les années 1950, nous ramenant à plus d'un millénaire en arrière (l'Oreuse n'a plus de curé résident depuis une décennie). Le maillage marchand des villages a été détruit depuis les années 1970 au profit des grandes surfaces urbaines. Le maillage artisanal lui même est compromis. Le nombre de maisons en ruines augmente depuis les années 1990 au sein des villages. Une crise démographique dramatique atteint pour la première fois depuis toujours les campagnes en temps de paix .


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