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La Postolle

Texte écrit par Etienne Meunier

Le tilleul multi-centenaire de la Postolle

La Postolle est le point haut de la vallée de l'Oreuse, sans pour autant disposer de sa source. La forêt de Lancy au nord, la ligne de crête de Montdogat sur la frontière champenoise, et les pentes du finage de Voisines encadrent le territoire. Les champs mènent à Thorigny, dont l'appellation de 1550 "la Postolle lez Thorigny" restitue le statut de chef-lieu paroissial.

En français médiéval, un apostole est le prince des apôtres, successeur de saint Pierre : le pape de Rome et d'Avignon. Il est inutile d'imaginer un relais sur une voie romaine absente des lieux. Notons que Sens fournira un unique pape à l’histoire et que plusieurs pontifes s’y réfugieront, certain durant plusieurs années.

Le finage accueille de nombreux sites de haute époque. Leur pillage peu avant 1940 a fait disparaître toute trace de ce patrimoine préhistorique.

L’occupation humaine reste forte au vu des habitats d’époque romaine en forêt. Armand Lapôtre, fermier à Thorigny, archéologue amateur reconnu par ses pairs régionaux, les aurait mis en évidence, selon les notes qu’il a prises.

L'église de la Postolle L'église de la Postolle

Pour autant, la Postolle ne surgit dans l'histoire qu'en 1491. Pierre Le Bouvetier, charpentier "en la paroisse de Thorigny lieudit La Postolle" vend 17 arpents de terre à Pierre Sillault manoeuvre à Peaultrand (diocèse de Chartres) qui se constitue ainsi un petit domaine pour assurer son installation ou son retour en vallée d'Oreuse. Cette date extrêmement tardive donne à penser que le couvert forestier a été colonisé longtemps après la fin de la guerre de Cent Ans. En 1517, le grand chemin royal a repris son service entre Pont-sur-Yonne et Villeneuve-l'Archevêque, et justifie le retour de la population. Le village est alors habité par une population nombreuse, tandis que trois petits hameaux se préparent à disparaître: Puy-Blanc (1516 et 1563), la Pierre (1535) et Vermont, siège de château disparu avant 1507 qui sera un centre d'essartage avorté. Les familles Cartault, et Figeois animent ces fermes et essartage. Le fief de Vermont, peut être créé au profit des Villuis, était passé aux mains des Viezchastel au XVe siècle, puis de leurs héritiers Beuve, Laurent et Dubois.

Dix-sept censitaires sont cités par le receveur seigneurial de Thorigny comme vivant à La Postolle en 1502 (mais aussi neuf à Roches, autre hameau de Thorigny en limite du finage de Courroy). Les Bouvetier, Regneau, Reuillon et Desprez sont les principaux cités. Cette vigueur démographique justifie la construction de la chapelle Saint Joseph Saint Fiacre, siège d'une annexe paroissiale que le curé de Thorigny fait desservir par un vicaire. Juvenal de Belleville, seigneur de Thorigny, choisit d'y faire enterrer son cœur en 1553. Un marguillier (1581) incarne une relative autonomie. Par contre les trois hameaux sont hors de l’emprise des seigneurs de Thorigny.

Ce XVIe siècle est actif. Les laboureurs et manœuvres du village trouvent cardeur, peigneur, drapier et tisserand (1558), marchand-voiturier (1572-1578), et boucher (1583). La forêt est déjà présente avec ses charbonniers (1527-1535), le fendeur et couvreur d'aissel (1548).

En 1561 et 1567, les Protestants ruinent toute la contrée. Les deux fermes-hameaux disparaissent définitivement. La fin de la guerre sera tout aussi terrible. Le moulin à vent de la Postolle est détruit. Contrairement au mythe, le très vénérable tilleul de l’église ne doit rien à Sully. Le principal ministre était bien incapable d'imposer aux sujets du royaume la plantation d'un arbre pour commémorer l’assassinat d'Henri IV. Ce mythe en alimente d’autres, contemporains et tout aussi faux. En fait, l'usage de se réunir sous les arbres quand il fait beau, plutôt que de rester enfermé, est déjà général au XIIe siècle. A la Postolle on écrit très sobrement en 1769 que la réunion se tient "devant la porte principale de l'église... lieu ordinaire à tenir les assemblées".

En 1656, le seigneur de Thorigny achète la ferme d’Edme Foin et agrandit ainsi le domaine détenu dès avant 1560. La ferme seigneuriale, subsistante, constitue un témoignage architectural exceptionnel à La Postolle. En 1734, elle commande 302 arpents : 127 pour la ferme proprement dite, 100 pour le labourage de Vermont, 15 pour « la prise de Jacques Perier » et quelques autres. Les seigneurs Lambert de Thorigny achètent le fief de Vermont peu avant 1679 pour en faire porter le titre par leurs fils cadets. Le prévôt des Marchands de Paris Nicolas Lambert de Vermont est, lui, exilé à présent aux Etats-Unis sous la forme d’un magnifique tableau peint par Largillière, et exposé au musée Norton Simon de Pasadena en Californie.

Nicolas Lambert de Vermont

Portrait de Lambert de Vermont c. 1697
Nicolas de Largillière - Norton Simon Art Foundation

Au XVIIIe siècle, le secteur économique du bois reste très actif (bûcherons, scieurs de long, charbonniers, marchand de bois, sabotier) mais celui du bâtiment ne l'est pas moins (charpentier, chaurier, couvreur et maçon). Comme dans d'autres hameaux, l'habillement (tisserand, tissier) cohabite avec un minimum de services à la paysannerie (maréchal, charron, armurier). Le cabaretier contribue à donner un air urbain au hameau. Le tisserand travaille en cave, auprès d’une cheminée, pour conserver des fils souples au tissage. Plusieurs garçons s’engagent dans l’armée : aux pionniers (1581), au régiment de Bonne Table (1736), au régiment royal de la Marine (1772), au 2e bataillon des grenadiers de l’Yonne (1793).

Comme partout le troupeau commun, confié à un berger (1791), témoigne de l’importance de la vie communautaire permise par les usages et du caractère modeste de l’exploitation agricole.

On déplore déjà des disparitions tragiques : en 1760 une chute d’un étranger originaire de Fontaine Jures près Nangis dans un « puis » en 1766 deux hommes étouffés dans un « puis », en 1769, on atteste que le cabaretier François Bouvetier a disparu depuis plus de 14 ans ; un chaurier de Mauny dans un chaurière du finage en 1782. A partir de 1751, on place un nombre considérable de petits Parisiens en nourrice qui viennent mourir loin de leur mère. Le passage saisonnier du meneur de nourrice est suivi du décès dans les jours qui suivent de ces âmes hypocritement placées dans les campagnes par leurs parents.

Le chemin de Thorigny à Villeneuve l‘Archevêque dit aussi grande Rue (1773) ; les rues de Champagne (1762), à monter au bois de Vermont (1727), montant à Grange (1727), d’en Haut dite aussi montant à Granges-le-Bocage (1773), allant à Sens (1793), qui monte au Paty (1793) ; la croix Saint Philippe (1771) ; la place du Pati (1790) ; le chemin de la Croix (1744) sont des témoignages de l’importance du hameau.

La toponymie renvoie à de mystérieuses indications : Lessert autrement dit la Maison Rouge (1727) , l’Homme Mort. Aujourd’hui des pillards professionnels viennent à coup de détecteurs de métaux explorer ces sites archéologiques que malheureusement personne ne protège.

En 1790, la Postolle devient une commune indépendante à la faveur des bouleversements du temps. Il faut partager les usages octroyés par le seigneur avec la commune de Thorigny. Après la disparition précoces du canton de Thorigny, la Postolle est incorporé dans le canton de Villeneuve-l'Archevêque. En 1792, une effervescence marque la crise frumentaire créée par les désordres politiques.

Entre 1914 et 1939, le territoire est méthodiquement pillé par le clerc de notaire villeneuvien Nazaire Lajon, soutenu dans son entreprise par une demoiselle propriétaire sur le finage. Ses collections de silex taillés sont depuis longtemps perdues, et l’absence de notes témoigne de la pire façon d’effectuer des fouilles archéologiques, heureusement prohibée depuis 1940.

Ces dernières années, la Postolle a restauré son éolienne Bolée du Mans de 1898, inscrite à l’Inventaire Suplémentaire des Monuments Historiques en 1976, et restauré son tilleul exceptionnel ; lui aussi est inscrit à l’inventaire

Elle est une commune exemplaire en matière de défense de son patrimoine, avec des moyens pourtant modestes. Elle est un lieu de villégiature apprécié des Parisiens.

Parmi les familles anciennes de La Postolle, les Bourgine, Legrand, Foin et Millat ont une descendance qui s’affirme dans la région ou ailleurs.

Il faut signaler aux promeneurs les ruines de Vermont. Elles forment un fossé circulaire parfait défendu par une levée de terre de deux mètres de hauteur. Elles abritent des mangeoires à animaux. Rien d’autre n’évoque l’existence du château médiéval à l’existence documentaire très discrète.

L'éolienne de la Postolle

Page modifiée le 08/11/2014 11:31